Cepoint oĂč le langage s'Ă©puise. Jacques Lacan est mort le 9 septembre 1981, il avait 80 ans, des problĂšmes neurologiques l'empĂȘchaient alors de parler. Il s'en est allĂ© vers ce rĂ©eldonc, cet impossible Ă dire, comme si son corps, en l'amputant de la parole, en avait compris, lui, quelque chose. Notre psychanalyste : Lilia Mahjoub
Jeme souviens notamment d'une femme qui expliquait Ă quel point c'Ă©tait gĂ©nial de la part de Lacan qu'il ait Ă©tĂ© aussi peut compressible, et qu'il fallait ĂȘtre un "initiĂ©" (le terme m'a marquĂ©e) pour comprendre et que mĂȘme les "initiĂ©s" n'Ă©taient pas sĂ»rs de toujours comprendre ce qu'il avait voulu dire. Plusieurs mots m'avaient collĂ© froid dans le dos, "le maĂźtre" en parlant
Laquestion préliminaire est ainsi selon Lacan une question purement freudienne qui introduit nécessairement la question du transfert ; « la conception à se former de la manoeuvre, dans ce traitement, du transfert » (p.583). Quel que soit le traitement de la psychose, la question préliminaire est non seulement psychanalytique, mais
EtLacan ajoute : « Cette limite et ce lieu, on le sait, sont loin encore dâĂȘtre atteints pour ses disciples, si tant est quâils ne refusent pas de lây suivre, et lâActĂ©on donc qui ici est dĂ©pecĂ©, nâest pas Freud, mais bien chaque analyste Ă la mesure de la passion qui lâenflamma et qui a fait, selon la signification quâun Giordano Bruno dans ses Fureurs hĂ©roĂŻques sut
CarBeaufret nâest pas nâimporte qui. Pour comprendre son rĂŽle, il faut remonter Ă 1946. A ce moment-lĂ , Heidegger est sous le coup de la dĂ©nazification et vient dâĂȘtre banni de lâUniversitĂ©. Mais Beaufret, que son engagement dans la RĂ©sistance rend insoupçonnable, ne veut voir dans le penseur solitaire de la ForĂȘt-Noire que lâauteur dâun livre majeur, « Etre et
Chaquecas démontrera qu'effectivement "ne devient pas fou qui veut" (J Lacan - 1946) ! Biographie: Hervé Castanet, professeur des universités, est membre de l'Ecole de la Cause
Re: Expliquer Jacques Lacan. D'abord, laissez moi vous exprimer ma joie de pouvoir discuter sainement de cela avec vous. pour moi Lacan et Freud étaient surtout "chercheur" en psychanalyse, plus que praticiens. en ce sens, ils étaient à la recherche de modÚle cohérents et explicatifs.
Ilsont retenu de Lacan lâaffrontement de toute sa vie avec le rĂ©el, ce que Jacques - Alain. Miller relĂšve dans la longue interview quâil donne dans ce numĂ©ro, du sĂ©rieux de Lacan. Câest ce sĂ©rieux quâon retrouve dans cette revue, lâexamen de la chose publique au regard. du rĂ©el, comme lâimpossible Ă supporter.
Cenâest pas que tout le monde ne soit averti de ce nouveau qui court les rues â, mais il ne rĂ©veille personne, pour la raison que ce nouveau est transcendant : le mot est Ă prendre du mĂȘme signe quâil constitue dans la thĂ©orie des nombres, soit mathĂ©matiquement. DâoĂč ce nâest pas pour rien quâil se supporte du nom de trans-fert.
TSOwc. Faut-il avoir l'air fou pour l'ĂȘtre ? Peut-on l'ĂȘtre sans en avoir l'air et peut-on aussi en avoir l'air et ne pas l'ĂȘtre ? Voici quelques remarques et questions issues de ma clinique en institution A partir de situations d'adolescents hospitalisĂ©s, cette question de la psychose et de ce qu'il en serait de la spĂ©cificitĂ© de l'autisme et autres TED ou TSA pose celle de la nĂ©cessitĂ© ou non de soins psychiatriques pour certains. Il/elle n'a rien Ă faire là », peut-on en effet entendre assez rĂ©guliĂšrement, ce qui reviendrait Ă penser qu'il n'y aurait pas de soins nĂ©cessaires pour un enfant autiste, par exemple. D'une certaine façon, ceci peut apparaĂźtre rassurant, puisque cette remarque ne s'adresse pas aux seuls diagnostiquĂ©s ainsi, les remettant du mĂȘme coup au mĂȘme banc que les autres! Je crois que ce qu'il m'arrive le plus souvent d'avoir envie de dire, lors des rĂ©unions de service, en me rĂ©fĂ©rent au propos de M. Czermak dans La navigation astronomique c'est on ne peut - tout de mĂȘme - pas leur reprocher leurs symptĂŽmes, pour lesquels ils viennent nous consulter ou sont hospitalisĂ©s». La psychose est toujours sociologiquement incorrecte» dira-t-il aussi. Voici lĂ posĂ©e une indication, que j'aimerais plus universelle dans son acception, qui peut-ĂȘtre va de soi ici et qui cependant reste si difficile Ă faire accepter, sinon respecter dans nos institutions. Alors bien sĂ»r, c'est peut-ĂȘtre, particuliĂšrement Ă l'adolescence que les manifestations symptomatiques sont le plus difficiles Ă dĂ©brouiller, Ă dĂ©brouillonner», suscitant facilement du rejet au regard d'un certain non sens... bien loin d'une neutralitĂ© bienveillante. Jouent-ils au fou, le sont-ils vraiment ? Le rejet de toute Ă©tiopathogĂ©nie dans l'autisme, accentuĂ© par cette sĂ©paration psychose infantile/autisme, mais aussi bien dans tout le champ psychiatrique avec les nouvelles classifications qui n'ont plus de visĂ©es psychopathologiques mais simplement Ă©pidĂ©miologiques et pharmacologiques, accentue cette difficultĂ© Ă considĂ©rer ce qu'il en est du soin, au risque que ça fasse violence, hors sens tout simplement. Cette formule de Lacan Ne devient pas fou qui veut » reste pour moi toujours un repĂšre dans ces questions diagnostiques, formule dâhumour» dit-il... et pourtant si sĂ©rieuse Ă considĂ©rer dans la clinique. Difficile en effet de reconnaĂźtre les modalitĂ©s auxquelles un adolescent a recours pour tenter de mettre en jeu une subjectivitĂ© qui, pourquoi pas, s'est trouvĂ©e chahutĂ©e par le RĂ©el du sexuel de la pubertĂ©. Mon questionnement s'appuie sur la question du transfert et de ses diffĂ©rentes modalitĂ©s, puisque, rappelons-le, la premiĂšre institution est le transfert. Dans la psychose, qu'est-ce qui peut rendre le transfert, en institution et avec des adolescents psychotiques, difficile ? Que faire avec ces adolescents autistes de bon niveau, Asperger ou autres TED qui ne semblent pas aller mal ? Mais qu'est-ce qui rend tout aussi bien difficile lâaccueil d'une symptomatologie hystĂ©rique, entendue alors comme une façon de jouer au fou ? Mais tout aussi bien qu'est-ce qui donne Ă penser une hystĂ©rie par rapport Ă une psychose Ă l'adolescence ? Du petit grain de folie Ă la folie, quels repĂšres Ă l'adolescence sinon d'abord le transfert. Comment se faire l'interprĂšte et le traducteur dans la psychose, dans l'autisme, mais aussi bien dans certaines hystĂ©ries et auprĂšs de qui ? Du patient lui-mĂȘme tout autant que du soignant en manque de boussole ? Comment se faire l'interprĂšte de leurs symptĂŽmes ? Et pourquoi cela peut-il rater ? Ma proposition pour cette journĂ©e va consister Ă poser quelques unes des interrogations que la clinique en institution soulĂšve quotidiennement pour moi. Non pour y apporter une rĂ©ponse mais pour partager ici ces difficultĂ©s en vue d'un Ă©change. Je me souviens par exemple de cette indication de Corinne Tyszler Ă propos des adolescents psychotiques non dĂ©compensĂ©s Ne pas trop les pousser Ă subjectiver si ils sont psychotiques, au risque sinon de les faire dĂ©lirer» J'interroge aussi la pertinence d'ateliers thĂ©rapeutiques avec les autistes, qui favorisent la production imaginaire par exemple ? Mais aussi je prends appui sur cette remarque de Charles Melman Que faire face Ă un organisme qui reste dĂ©shabitĂ© ?» Toute approche institutionnelle doit ĂȘtre Ă©ducative, pĂ©dagogique mais aussi thĂ©rapeutique. Et comment donc concilier ces diffĂ©rentes composantes ? MĂ©thodes Ă©ducatives et comportementales qui bien entendu ne sont pas exemptes des questions en institution mais nous savons que toute rĂ©ponse standardisĂ©e, risque de ne pas tenir compte de la particularitĂ© de la structure. L'exclusivitĂ© d'une rĂ©ponse Ă©ducative est contestable. C'est le fait clinique singulier qui doit guider notre pratique. Tyszler indiquait dans son article Autisme pour qui sonne le glas ?» que les problĂšmes posĂ©s par les recommandations sont graves et vont directement influencer la vie de nos services puisque sous le terme TED, se trouvent en fait rĂ©unies des affections variĂ©es, souvent encore mal dĂ©limitĂ©es autisme et psychose infantile en particulier. Faut-il entendre que tout trouble grave du dĂ©veloppement sort dĂ©sormais du suivi habituel des unitĂ©s de pĂ©dopsychiatrie au profit d'une prise en charge exclusivement Ă©ducative et comportementale ?» La dimension institutionnelle doit ĂȘtre entendue dans sa fonction organisatrice du soin. Et c'est cette question que la clinique au quotidien avec des adolescents interroge actuellement. Une nomination» diagnostique a souvent Ă©tĂ© posĂ©e avant mĂȘme que nous les recevions, et nous devons en tenir compte, que le diagnostique s'avĂšre juste ou non d'ailleurs. Ne devient pas fou qui veut» Actuellement comme la cause n'est plus, il semblerait que la formule soit oubliĂ©e. Dans son texte, datĂ© de 1946, Propos sur la causalitĂ© psychique », J. Lacan Ă©crit Loin donc que la folie soit le fait contingent des fragilitĂ©s de son organisme, elle est la virtualitĂ© permanente dâune faille ouverte dans son essence. Loin quâelle soit pour la libertĂ© une insulte», elle est sa plus fidĂšle compagne, elle suit son mouvement comme une ombre. Et lâĂȘtre de lâhomme, non seulement ne peut ĂȘtre compris sans la folie, mais il ne serait pas lâĂȘtre de lâhomme sâil ne portait en lui la folie comme la limite de sa libertĂ©. Et pour rompre ce propos sĂ©vĂšre par lâhumour de notre jeunesse, il est bien vrai que, comme nous lâavions Ă©crit en une formule lapidaire au mur de notre salle de garde âNe devient pas fou qui veut.â » Dans son allocution sur les psychoses de l'enfant», Ă l'occasion de journĂ©es organisĂ©es par Maud Mannoni sur ce thĂšme , l'enfant, la psychose et l'institution» 22/10/67 Lacan regroupe les trois thĂšmes de l'enfant, la psychose et l'institution pour nous dire que nulle part plus qu'en ces trois thĂšmes, soit Ă©voquĂ©e plus constamment la libertĂ©.» et donne les coordonnĂ©es de l'aliĂ©nation du sujet, structurale, du fait mĂȘme de son rapport au langage. Le refus de l'aliĂ©nation fait en effet d'un sujet psychotique le sujet libre par excellence. Ce refus de l'aliĂ©nation est bien sĂ»r diffĂ©rent du refus nĂ©vrotique. Et cependant certaines modalitĂ©s de refus sont difficiles Ă cerner Ă cet Ăąge, l'adolescence, dont C. Melman rappelle qu'il est dĂ©ception face Ă l'ordre symbolique». Cette disposition Ă la dĂ©ception s'inaugure Ă cet Ăąge, dans le champ de la nĂ©vrose. Tout autre est le destin du psychotique Ă l'adolescence. Lacan poursuit Ă l'intĂ©rieur du collectif, le psychotique essentiellement se prĂ©sente comme le signe, signe en impasse, de ce qui lĂ©gitime la rĂ©fĂ©rence Ă la libertĂ©.», reprenant lĂ le propos de Jean Oury dans ces mĂȘmes journĂ©es. Dans son Discours de Rome» en 53, Lacan parle dĂ©jĂ de la psychose comme de cette libertĂ© nĂ©gative d'une parole qui a renoncĂ© Ă se faire reconnaĂźtre et la caractĂ©rise par la formation d'un dĂ©lire qui objective le sujet dans un langage sans dialectique. Dans le discours de Lacan aux psychiatres, il nous dit que l'angoisse devant la psychose est liĂ©e au fait que devant un psychotique qui ne demande rien, c'est nous qui demandons» Et ce sont sĂ»rement lĂ des points importants dans la difficultĂ© Ă recevoir certains jeunes. Ă Bonneval donc en 1946, lors de ces journĂ©es consacrĂ©es Ă la PsychogenĂšse des Psychoses et des NĂ©vroses, s'explicitait un point de discorde entre H. Ey et J. Lacan Ă propos des rapports entre folie et libertĂ©. La dĂ©sormais cĂ©lĂšbre phrase de Lacan, Ă©tait censĂ©e le cristalliser "L'ĂȘtre de l'homme, non seulement ne peut ĂȘtre compris sans la folie, mais il ne serait pas l'ĂȘtre de l'homme s'il ne portait en lui la folie comme limite de la libertĂ©". Lacan se devait, Ă ce moment lĂ , de contredire lâorgano-dynamisme dont s'Ă©tait fait le promoteur.» Ă cette question posĂ©e par de ce qu'il en est de la maladie mentale, il affirme lui une causalitĂ© psychique quâil repĂšre dans la discordance primordiale entre le Moi et lâĂȘtre », et il s'emploie Ă dĂ©velopper les effets psychiques du mode imaginaire». La folie y trouve lĂ sa structure fondamentale » nous dit-il. Le risque de la folie se mesure Ă l'attrait mĂȘme des identifications oĂč l'homme engage Ă la fois sa vĂ©ritĂ© et son ĂȘtre.» [...] le premier effet qui apparaisse de lâimago chez lâĂȘtre humain est un effet dâaliĂ©nation du sujet. Câest dans lâautre que le sujet sâidentifie et mĂȘme s'Ă©prouve tout d'abord[...] » Marc Morali dans son article un autisme peut en cacher un autre» rappelle que Lacan lors de ses journĂ©es de Bonneval avait clarifiĂ© la question de la psychogenĂšse le secret de la psychogenĂšse des psychoses, c'est qu'il n'y en a pas». Charles Melman rappelle d'ailleurs que le dĂ©bat entre organogenĂšse et psychogenĂšse est caduc, puisque la vie psychique a sa matĂ©rialitĂ© propre, celle du langage, la motĂ©rialitĂ©.» Cf billet d'actualitĂ© Ă propos des dĂ©bats sur l'autisme et de la position de notre association 11/03/2014 Marie-Christine Laznik parle d'une psychogenĂšse de l'autisme qui consiste dans le lent travail de destruction des compĂ©tences parentales que cette pathologie produit. La question Ă©tant de savoir si la psychanalyse, dans sa praxis, peut avoir de quoi permettre Ă un enfant, un bĂ©bĂ© de dĂ©couvrir le plaisir de susciter le plaisir chez l'autre. Les premiers sĂ©minaires de Lacan prĂ©cisent progressivement son approche de la psychose, notamment bien sĂ»r le sĂ©minaire III, Les structures freudiennes des psychoses» , en 1955-1956, complĂ©tĂ© de l'article Dâune question prĂ©liminaire Ă tout traitement possible de la psychose » fin 1957-dĂ©but1958. NĂ©vrose, psychose ou perversion se distinguent par des effets de structure et pour autant bien sĂ»r, Ne devient pas fou qui veut» toujours! Les structures cliniques sont dĂ©terminĂ©es dans leur rapport particulier Ă la castration, pour le psychotique la forclusion Verwerfung, pour le nĂ©vrosĂ© le refoulement VerdrĂ€ngung et pour la perversion le dĂ©ni Verleugnung . L'articulation des trois catĂ©gories du RĂ©el, de l'Imaginaire et du Symbolique permet d'Ă©clairer et de donner de nouvelles ficelles Ă la clinique. Dans son premier sĂ©minaire Ă©crits techniques», il indique dĂ©jĂ comment ce qui n'est pas venu au jour du Symbolique, apparaĂźt dans le RĂ©el.» C'est dans la rĂ©ponse au commentaire de Jean Hyppolite sur la Verneinung de Freud. L'enfant psychotique est dans un rapport particulier avec le RĂ©el. L'enfant autiste serait aussi confrontĂ© au pur RĂ©el. Pour E-M Golder, Au seuil de la clinique infantile» si tout enfant est pris dans la double partition dĂ»e Ă la naissance et Ă sa rencontre avec le fait du langage, l'autiste ne rĂ©pĂšte qu'une seule chose sa confrontation avec la bĂ©ance que celui-ci introduit. L'autiste est confrontĂ© au pur RĂ©el comme trou dans le symbolique.» Comme si l'enfant avait affaire Ă la faille dans le langage et c'est tout. Un organisme non dĂ©naturĂ© par le langage. Elle Ă©voque la maniĂšre dont la naissance s'est dĂ©roulĂ©e qui aurait empĂȘchĂ© le processus structural propre Ă ce moment. Elle parle d'un accident de l'encontre, un accident de l'appel et de l'adresse. A un moment oĂč la mĂšre est confrontĂ©e Ă un enfant RĂ©el, il y a trou dans le symbolique. Cela me rappelle ce jeune homme autiste que je revois Ă mon cabinet aprĂšs l'avoir suivi plus jeune au CMP ; sa mĂšre se plaint» Il rĂ©pĂšte toujours la mĂȘme chose, c'est pĂ©nible, c'est insupportable» Quand je lui demande de prĂ©ciser ce que son fils rĂ©pĂšte ainsi âJe m'en souviens plus !â E-M Golder sĂ©pare ou distingue le refoulement originaire qui met en place un lieu, dans un nouage RĂ©el/ Symbolique du refoulement primaire qui permet une inscription dans un nouage Imaginaire/ Symbolique. Est-ce offrir lĂ la possibilitĂ© d'un diagnostic diffĂ©rentiel entre autisme et psychose infantile, entre refoulement originaire et refoulement primaire ? M-C Laznik rappelle dans son article sur l'autisme qu'il n'y a pas d'absence s'il n'y a pas dĂ©jĂ prĂ©sence» et que concernant l'autisme, la non mise en place du rapport symbolique fondamental est liĂ© Ă ce dĂ©faut de la prĂ©sence originelle mĂȘme de l'Autre et non au dĂ©faut du temps absence comme dans la clinique d'autres Ă©tats psychotiques.» Si le ratage du processus de subjectivation est diffĂ©rent, comment concilier des soins ? Dans l'autisme c'est le processus d'aliĂ©nation lui-mĂȘme qui rate, dans la psychose, c'est le processus de sĂ©paration qui est en jeu. Y a-t-il inflĂ©chissement de l'autisme vers la psychose infantile ? Doit-on travailler dans ce sens ? C. Melman parle d'une affection prĂ©psychotique. Si la psychose en effet est le rĂ©sultat des dĂ©mĂȘlĂ©s avec le langage, l'autisme infantile est le fait d'avoir Ă©tĂ© dĂ©mĂȘlĂ© du langage» Dans l'autisme, tout se passe comme si l'enfant ne se laissait pas pĂ©nĂ©trer par quelque chose. Ce qui donne un nouage autre. De cet imaginaire dĂ©faillant, se constitue un stock d'expĂ©riences, de donnĂ©es peut-ĂȘtre diffĂ©rent effectivement de ce que l'on rencontre dans la psychose oĂč il s'agit d'un imaginaire sans moi, comme le rappelle M. Czermak. L'autiste n'est pas un enfant d'Ă©ros» disait C. Melman, il n'y a pas eu la possibilitĂ© de cette connivence, de cette Ă©rotisation nĂ©cessaire Ă l'acquisition du langage», d'oĂč cette difficultĂ© de travail avec eux. Il nous dit combien l'autisme infantile est le domaine oĂč peut se montrer aux plus aveugles le rĂŽle dĂ©terminant de la prise par le langage dans le dĂ©veloppement du bĂ©bĂ©.» Encore justement ne faut-il pas ĂȘtre aveugle pour visionner ces vidĂ©os ! Alors pour ces adolescents au diagnostique flou ? Ces crĂ©atures plus ou moins dociles, mais dĂ©shabitĂ©es ? Si l'autisme reste une maladie de la relation, quels soins ? Puisque nĂ©anmoins ils sont hospitalisĂ©s, au dĂ©cours de difficultĂ©s d'inscription sociale, mais aussi au regard d'une certaine souffrance. Peut-ĂȘtre sans demande particuliĂšre mais avec des symptĂŽmes qu'on ne peut leur reprocher donc et qui ne sont pas simplement des troubles. L'institution a pour fonction de traiter le RĂ©el et de cette libertĂ© paradoxale bien entendu, il ne s'agit pas d'en faire l'Ă©loge ou la promotion mais bien de voir comment une armature symbolique peut ou non faire supplĂ©ance pour un sujet. Voici plusieurs petites vignettes cliniques sur cette question de l'apparente libertĂ© dans la psychose et/ou l'autisme et de ce vers quoi doit tendre notre travail. Reprenons encore Lacan dans la conclusion de son allocution sur les psychoses de l'enfant» Quelle joie trouvons-nous dans ce qui fait notre travail ?» Un psychotique doit-il participer aux tĂąches mĂ©nagĂšres ? Et un autiste alors ? Quelles seraient les recommandations de bonnes pratiques en institution hospitaliĂšre ? Alors doivent-ils tous participer de la mĂȘme façon Ă la vie du service ? Oui bien sĂ»r, aussi bien que Non et dans quelle mesure le coup de balai souhaitĂ© par le soignant risque-t-il de faire mal ? Coup de balai... non pas sur les soldes ou sur une liquidation quelconque, sinon symbolique avec le risque de recevoir un coup avec le balai. Alors bien sĂ»r cette Ă©quitĂ© des tĂąches, ce souhait d'un fonctionnement qui serait le mĂȘme pour tous semble ĂȘtre une boussole pour les soignants plus aisĂ©e que celle qui consiste Ă repĂ©rer pour chacun des patients ce qu'il peut ou ne peut pas, tenant compte de sa pathologie. C'est le cas pour cette patiente psychotique qui ne peut que donner un coup de balai, ne peut pas passer le balai. IncomprĂ©hension de l'Ă©quipe, risque d'une certaine maltraitance Ă vouloir insister, on lui en fait donc le reproche Elle ne peut pas faire que ce qu'elle veut». Autre interrogation, ceux qui sont lĂ pour rien». C'est lĂ le reproche qu'on leur fait. V. 13 ans. Naissance dans le sud, dĂ©mĂ©nagement Ă 6 ans pour le travail du pĂšre, sa mĂšre travaille aussi, deux sĆurs. SĂ©paration des parents il y a un an, un week-end sur deux chez le pĂšre. Mr et Mme viennent ensemble accompagner V Ă son entrĂ©e dans le service et spontanĂ©ment pensent ĂȘtre reçus ensemble par le mĂ©decin responsable. Lors de notre premiĂšre rencontre, V rĂ©pond volontiers Ă mes questions mais sans plus, sans rien de plus. Il est hospitalisĂ© depuis quelques jours. Avant je rĂ©pĂ©tais que je voulais mourir, que j'Ă©tais nul. Mais c'est bon lĂ , j'ai arrĂȘtĂ© de rĂ©pĂ©ter. Ăa fait longtemps, c'Ă©tait il y a 3 semaines. J'ai rien lĂ . Je veux rentrer chez moi » Je lui demande ce qui se passe - ce qui me manque c'est ma maison et maman.» â Et vos soeurs ? » â Non », Le Dr, pour m'embĂȘter, il a dit, je vais l'emmener lĂ -bas. J'ai rien ». Accepte de me dire un peu son histoire, j'ai un petit peu un trouble envahissant du dĂ©veloppement, depuis petit je vais voir des personnes ». Ne peut dire plus, ni les noms ni les qualitĂ©s des professionnels. Ne connait pas les prĂ©noms des autres jeunes hospitalisĂ©s avec lui. Ne sait pas dans quelle Ă©cole sa mĂšre travaille. En difficultĂ© scolaire, trop difficile l'anglais et les maths ». Je lui demande s'il souhaiterait de l'aide, Non ». Au 2Ăšme entretien, Ă la question de savoir comment il se sent, il me rĂ©pond mal, comme d'habitude». Et ce sera toujours cette mĂȘme rĂ©ponse, Ă chaque entretien. Je note ici qu'il lui est difficile de repĂ©rer le registre de l'Ă©nonciation de celui de l'Ă©noncĂ©. Il n'entend que l'Ă©noncĂ© qui lui semble du coup tout Ă fait rĂ©pĂ©titif d'une sĂ©ance Ă l'autre. Rien ne s'entend de mon Ă©nonciation, juste un Ă©noncĂ©. M-C Laznik rappelait comment cela leur restait inouĂŻ ce que dit Lacan dans l'Ă©tourdit Qui parle s'oublie dans ce qui se dit derriĂšre ce qui s'entend». Il ne semble pas repĂ©rer quelque chose de l'affect dans la voix, qui se rĂ©duit donc pour lui Ă un Ă©noncĂ© Cf l'interview de M-C L par Paule Cacciali et Josiane Froissart dans un JFP. S. Calmettes parlait de cette question de l'exactitude dans l'autisme, pas de la vĂ©ritĂ©, puisqu'il n'y a pas de possibilitĂ© de sous-entendu, ce qui rend le parler singulier, un parler sans voix, une langue sans perte, une langue exacte mais immobile. Peu prolixe, il s'exprime sur un ton monocorde, sans hĂ©sitation aucune. Il semble en difficultĂ© avec le temps. Il n'exprime ni besoin, ni demande, semble subir la situation d'hospitalisation. A vu sa mĂšre la veille au soir en visite, ne lui a pas demandĂ© de rentrer. Je m'intĂ©resse Ă ce qu'il a fait dans le service la veille, avec qui il Ă©tait en atelier et lĂ encore impossible de dire les prĂ©noms des autres jeunes. Je lui fais remarquer et il est d'accord j'ai du mal Ă retenir les prĂ©noms et les noms». Je lui reparle de l'anglais, de la langue anglaise. Il me dit avoir dĂ©jĂ Ă©tĂ© Ă Londres c'est bon, j'ai tout visitĂ©.» Il me cite alors les marques de voitures qu'il a vues, car c'Ă©tait un dimanche, Ă Londres des Maserati, des Lamborghini, des Ferrari ». Manifestement un bon souvenir. Pas de problĂšme ici de mĂ©moire pour les marques de voiture yâen a une Ă la gare, qui fait taxi, si vous voulez.» Spectre autistique ou TED ? DiagnostiquĂ© par le CRA Centre de ressource pour l'autisme Trouble envahissant du dĂ©veloppement non spĂ©cifiĂ© d'intensitĂ© lĂ©gĂšre avec compĂ©tences cognitives normales supĂ©rieures. Le motif de l'hospitalisation est finalement quand mĂȘme celui d'une Ă©valuation diagnostique, au regard de ce qui est considĂ©rĂ© comme soit - un autisme atypique - un syndrome d'Asperger - un TED non spĂ©cifique. C'est finalement la prĂ©sence d'un trouble anxieux associĂ© qui interpelle l'Ă©quipe du CRA, interrogation face Ă un syndrome dĂ©pressif avec mise en scĂšnes morbides de sa propre mort». Faut-il ou non un traitement pour cet enfant ? Dans le dossier du CRA, il est notĂ© au titre de l'anamnĂšse que les premiĂšres inquiĂ©tudes des parents ont commencĂ© peu avant 2 ans lorsque la famille a dĂ©mĂ©nagĂ© et que la premiĂšre de ses sĆurs est nĂ©e. Je garde en mĂ©moire cette indication de Pierre Delion sur le fait que lorsque les parents signalent une diffĂ©rence inquiĂ©tante dans le dĂ©veloppement de leur enfant, ils ont raison. Bien sĂ»r je retiens cette question de sa difficultĂ© avec les noms. E-M Golder, dans Au seuil de la clinique infantile, Ă©voque au travers d'un cas d'enfant ce qui dit-elle est un signe de la psychose infantile, la difficultĂ© de diffĂ©rencier le patronyme du prĂ©nom». Elle cite M. Czermak dans Patronymies p 143 Le nom n'est pas -comme tel- un rĂ©fĂ©rent, mais ce Ă partir de quoi il peut y avoir de la rĂ©fĂ©rence» Ici on a l'impression que les prĂ©noms ne sont pas arrimĂ©s Ă un sujet. Comment ça va ?» Comme d'habitude.» Une certaine forme d'incrĂ©dulitĂ© dans le ton, ma question rĂ©pĂ©tĂ©e ainsi Ă chaque rencontre... Il ne se sent pas vraiment concernĂ© par ma question. Je suis surprise de le voir les larmes aux yeux. Le mĂ©decin psychiatre lui a parlĂ© de reprendre sa scolaritĂ© Ă partir de l'hospitalisation, ce qu'il ne veut pas ; Il lui a demandĂ© d'y rĂ©flĂ©chir jusqu'au lendemain ça sert Ă rien d'y rĂ©flĂ©chir, c'est non. Je ne veux pas. Je lui ai dit. Demain ce sera pareil J'ai besoin de voir ma mĂšre le matin, d'ĂȘtre chez moi.» En mĂȘme temps me redit qu'il ne veut pas reprendre l'Ă©cole, ça sert Ă rien, c'est fait pour embĂȘter...» ; aucune interrogation possible. Ces larmes sont-elles juste d'Ă©nervement ou de tristesse ? Sa mĂšre est en arrĂȘt de travail depuis son hospitalisation elle ne sait pas quand je sors, donc elle ne peut pas travailler». Difficile pour l'Ă©quipe de travailler avec ce jeune garçon qui ne semble pas souffrir, n'accepte pas son hospitalisation, ne pose pas de problĂšme particulier sinon cette rigiditĂ© et froideur. Que peut-on lui apporter ? D'une certaine façon, c'est un jeune homme sans symptĂŽme, comme un certain nombre d'autres adolescents autistes que nous recevons, avec quelques troubles des conduites et des comportements. François Benrais dans son article un psychanalyste est battu» rappelle que ce qui fait vĂ©ritĂ© pour un sujet, n'est pas vĂ©ritĂ© pour l'institution. Il faut que celle-ci puisse ĂȘtre lue et entendue par l'institution. Or, interroge-t-il aujourd'hui n'est-ce pas la dĂ©textualisation qui renforce une censure», l'activitĂ© d'une institution de soin Ă©tant rabattue effectivement Ă celle d'un service oĂč priment la question de la gestion des lits et de la file active. Notre travail reste toujours celui d'une lecture des symptĂŽmes cependant et comme il le souligne ce n'est pas en inventant des rĂšgles supposĂ©es adaptĂ©es que pour autant il y aura de l'acte. ...Ăa c'est une procĂ©dure de l'action, elle ne permet en rien un acte.» Comment faire avec lui par exemple ? L'institution a pour fonction de traiter le RĂ©el, au travers d'une armature symbolique qui fait supplĂ©ance. Si l'homme reçoit sa dĂ©termination du langage, l'homme en tant qu'il est normal n'est pas libre mais assujetti au symbolique. Et c'est ce travail de nouage qu'il convient de faire. Mais il y rĂ©siste ou n'en veut pas. Bien sĂ»r une part du travail sera dans l'Ă©coute et l'accompagnement des parents, perdus avec ce diagnostic pas clair oĂč se cĂŽtoient tant de termes lĂ©ger mais envahissant, non spĂ©cifiĂ©, normal, supĂ©rieur... Je garde cette indication si prĂ©cieuse du travail de M-C Laznik il faut que je trouve moyen d'ĂȘtre en place de tierce personne au sens oĂč Lacan emploie ce terme dans le sĂ©minaire V pour construire S de A barrĂ©, il faut que j'arrive Ă donner et mon Ă©merveillement, et ma surprise et mon plaisir»...S de A barrĂ©, donc marquĂ© d'un manque sans quoi il ne peut y avoir de surprise ». B diagnostiquĂ©e autiste de haut niveau 15 ans, me prĂ©cise mon prĂ©nom, c'est l'Ă©criture anglophone», son patronyme est français. HospitalisĂ©e suite Ă une dispute trĂšs violente avec sa mĂšre. Naissance dans une autre rĂ©gion ma mĂšre dans la mĂȘme maternitĂ© que sa mĂšre. Si ça se trouve j'irai accoucher lĂ -bas moi aussi pour la tradition». SĂ©paration de ses parents quand elle a 2/3 ans. Il est indiquĂ© dans son dossier une acquisition prĂ©coce de la lecture Ă l'Ăąge de 3 ans. Suivi psychomotricitĂ© j'avais mon Ă©quilibre vraiment nul. Je suis incapable de faire du vĂ©lo, je suis nulle en rollers...». Se met Ă parler beaucoup de rollers, de la couleur des rollers, du fait que tiens, j'en n'ai pas fait depuis longtemps, en fait je sais pas oĂč ils sont, il faudrait que je les retrouve». AprĂšs vit un an chez mamie avec maman, vers 4/5 ans». Sa mĂšre rencontre un homme. DĂ©mĂ©nagement avec mĂšre et beau-pĂšre, pour mutation professionnelle de celui-ci. PĂšre restĂ© dans la rĂ©gion d'origine. Je lui demande si son pĂšre vit seul non avec une nouvelle compagne, enfin faut que j'arrĂȘte de dire nouvelle, ça fait 6 ans. On s'entend bien, on Ă©coute la mĂȘme musique, Placebo, et...». Me cite pleins de noms d'autres groupes, me parle de musique, de sa chambre, de son MP3... Je reviens avec une nouvelle question au bout d'un moment. Savoir comment ça s'est passĂ© Ă l'Ă©cole primaire. Suivi psychologue, sans savoir pourquoi je sais pas, je me souviens juste de son nom». AprĂšs suivi CPEA centre psychothĂ©rapeutique enfants ados, suivi 3 œ journĂ©es par semaine, Ă M pour ĂȘtre prĂ©cise. C'est restĂ© comme ça pendant 2 ans». - Je sais pas ce que j'avais comme problĂšme» - Et maintenant savez-vous ?» - Je serai Asperger» Suivi SESAD au collĂšge, psychologue, psychomotricitĂ© et Ă©ducatrice, puis la famille dĂ©mĂ©nage pour un an dans une autre ville en 4Ăšme. Nouveau dĂ©mĂ©nagement en 3Ăšme en septembre dernier. - Mon dossier MDPH a Ă©tĂ© envoyĂ© quand on est parti de... mais il n'a toujours pas Ă©tĂ© traité». - Vous suivez bien vos affaires!» - Je rĂ©pĂšte ce que ma mĂšre dit. J'aimais bien lĂ -bas, c'Ă©tait bien, moins polluĂ©, la mer plus claire, j'avais pleins d'amis, d'ailleurs mon petit ami actuel est lĂ -bas» - Et en 4Ăšme ? Comment cela s'est-il passĂ© ?» - Rien, enfin 3 hospitalisations pour crise clastique, suite Ă des disputes avec ma mĂšre». Mais B ne peut rien en dire sinon - j'ai l'impression que je suis incompatible avec ma mĂšre. Moi j'ai pas de compatibilitĂ© d'humeur avec ma mĂšre» - Alors Asperger, asperger, aspergĂ©, vous le prononcez comment » ? - Je suis pas mouillĂ©e, mais j'aime bien l'eau» rigole - Vous en pensez quoi ?» - J'en pense rien, j'ai lu sur ça Je suis nĂ© un jour bleu» de Daniel Tammet, j'ai surtout appris des choses sur la synesthĂ©sie, moi je le suis pas ! Moi je suis nulle en maths, je suis pas synesthĂ©sique ça c'est sĂ»r». Il paraĂźt que si je suis trĂšs bonne en langues, c'est peut-ĂȘtre que je suis Asperger. Je suis archi-bonne». - Vous ne savez pas pourquoi ils ont choisi un prĂ©nom anglophone vos parents ? Ăa vous a peut ĂȘtre donnĂ© le goĂ»t des langues, non ?» - Je sais pas». Moi j'adore Ă©crire, j'ai choisi un nom d'auteur Ă l'anglaise, j'ai remarquĂ© aprĂšs qu'il y avait le dĂ©but de mon nom de famille, faudra que je me fasse Ă©diter, enfin faut dĂ©jĂ que je finisse une histoire ». - Ca porte sur quoi ?» - Le fantastique, je n'Ă©cris que du fantastique» - Vous m'Ă©cririez quelque chose ?» - J'ai pas de quoi Ă©crire, j'ai juste des vĂȘtements et un doudou» - Vous avez un doudou ?» - Oui Doudou lady, c'est le seul qui n'a pas changĂ© de prĂ©nom de tout le temps oĂč je l'ai eu. Lady je pensais que c'Ă©tait un prĂ©nom, c'est Ă cause de Lady Gaga. C'est un petit bĂ©bĂ© panthĂšre avec un nĆud rose, les autres je leur change tout le temps de nom. Je retiens pas bien les noms, ah si en fait, le nom de la psychologue je m'en souviens. Ce sont les prĂ©noms, j'arrive pas Ă les retenir avec les tĂȘtes qui vont avec. J'avais Ă©conomisĂ© pendant longtemps pour me l'acheter. Je me souviens quand j'Ă©tais petite, j'attachais avec un ruban autour du cou et de l'autre cĂŽtĂ© Ă mon poignet. Comme ça si elle tombait et que je me rĂ©veillais la nuit, je pouvais le rattraper, je dors dans un lit superposĂ©, s'il passe au dessus du lit, je le rattrape ». Du fort/da Ă sa façon! PrĂ©sence/prĂ©sence plutĂŽt que prĂ©sence/absence, ici ce n'est pas dans la symbolisation que ça se joue, il s'agit plutĂŽt d'une technique. Me dĂ©crit ensuite tous ses lapins, ses autres peluches...Difficile de l'arrĂȘter. - On a du mal Ă comprendre quand on vous voit comme ça, qu'est-ce-qui fait que vous vous disputez avec votre mĂšre ?» - Je suis pas compatible, comme je vous l'ai dit». Finalement ne restera pas hospitalisĂ©e, les parents, pour des raisons personnelles, demandent la levĂ©e de l'hospitalisation. Alors est-ce une jeune fille Asperger ? Lors de sa prĂ©cĂ©dente hospitalisation, il Ă©tait notĂ© dans le compte-rendu mĂ©dical TED associĂ© Ă des traits de personnalitĂ© pathologiques». Elle me laissera cependant un dĂ©but de roman, Ă©crit aprĂšs l'entretien que je ne livrerai pas ici mais comme dans l'entretien, elle peut trĂšs vite enfiler les mots, les uns aprĂšs les autres, le ciel, la lune, le soleil⊠Est-ce une production imaginaire ? Est-ce juste un exercice de style ? La structure du rĂ©cit Ă©voque le bĂątiment du service. Mon bureau est en bas, les chambres sont Ă l'Ă©tage, pour dormir. Je retrouve quelques Ă©lĂ©ments de l'entretien, notamment le pĂšre, qu'elle dit ne pas voir souvent. Une suite de chiffres me fait penser Ă l'auteur dont elle me parlait. Elle a effectivement un peu d'avance aussi. Il ne me reste donc que le texte et cet entretien pour y trouver des points d'appui diagnostiques. RĂ©agit-elle Ă l'Ă©quivocitĂ© d'Asperger ou finalement est-elle juste prise dans cet enchainement rapide d'un mot qui en suit un autre ? On pourrait presque croire Ă une quĂȘte hystĂ©rique mais peut-ĂȘtre y manque-t-il les affects, le ton est descriptif, exclusivement. C'est de l'instinct dont il s'agit», dit-elle. Rien d'une production dĂ©lirante, un travail de collage peut-ĂȘtre, des fragments pris ça et lĂ , juste une destinĂ©e Ă©trange» assurĂ©ment. Le nouage Imaginaire/ symbolique n'opĂšre pas, semble-t-il. SĂ»rement un autre moment d'incompatibilité» la fera revenir. Autre rapport Ă la libertĂ© A, Jeune fille lycĂ©enne, que je reçois, au dĂ©cours d'une hospitalisation, suite Ă une fugue de plusieurs nuits, pour des raisons qu'elle a du mal Ă justifier. Je sais pas, je suis partie quelques jours, chez ma copine.» HĂ©bergĂ©e chez une amie majeure vivant seule, meilleure amie, amante, elle rentre sans affect particulier au domicile, comme Ă©tonnĂ©e de l'inquiĂ©tude suscitĂ©e par cela. Est d'accord pour venir, sans demande particuliĂšre au demeurant. Ses parents sont sĂ©parĂ©s depuis plusieurs annĂ©es, ça pose pas de problĂšme» dira-t-elle. Mme en couple avec un autre homme, pĂšre dans une nouvelle union c'est sa life». Assez maniĂ©rĂ©e dans les attitudes, elle ne me semble pas hystĂ©rique cependant. â Comment ça va» ? â Ăa va toujours». Est-ce dire que ça continue d'aller depuis la derniĂšre sĂ©ance ou bien que ça va toujours, pris dans une intemporalitĂ© radicale. Je ne la vois que depuis peu, certes son corps tout dĂ©braillĂ© malgrĂ© la tempĂ©rature hivernale m'interpelle mais ... Ne serait-ce lĂ qu'un trait adolescent du traitement de la mĂ©tĂ©o ? Elle Ă©voque ses amitiĂ©s, les nouvelles, les anciennes, les ruptures.... â C'est le grand mĂ©nage». â le remue mĂ©nage » ? Je demande. - De toute façon, on va bientĂŽt dĂ©mĂ©nager. Mon pĂšre a achetĂ© une maison tout prĂšs, dans le mĂȘme quartier.» Je reviens sur ses amitiĂ©s, Ă l'origine de cette fugue, disparition de quelques nuits - J'ai pas envie de m'Ă©taler, je les ai vues en peinture toutes ces histoires. C'est un dossier clos». Mon pĂšre m'a privĂ©e de tĂ©lĂ©phone parce que je suis rentrĂ©e en retard hier. Mon pĂšre il m'a dit me prends pour un idiot. Il est donne la profession de celui-ci, je sais bien qu'il est pas idiot ». Je ne suis pas le genre de personne qui pense Ă prĂ©venir si elle est en retard, ou qui s'excuse du retard en rentrant. C'est un constat, je suis en retard, pas la peine de le prĂ©venir, il l'aura constatĂ© aussi.»... Je vais pas l'abandonner...comme abandonner de faire un instrument de musique par ex». Puis me parle de ses rĂ©sultats scolaires de ces derniers jours - J'ai pas travaillĂ© plus, ni moins, mais je chute. C'est comme ça» Le Bac, c'est un peu dĂ©goutant». Je me sens au bout du gouffre, j'ai besoin de vacances». Me parle de la difficultĂ© qu'elle a en ce moment - ça m'Ă©nerve d'ĂȘtre Ă nouveau sensible, avant je m'en foutais complĂštement. En mĂȘme temps, je suis en colĂšre, je suis Ă©nergique.» Ăvoque alors dans un dĂ©sordre manifeste plein de choses - En 4Ăšme j'ai subi un harcĂšlement, un cyber harcĂšlement aussi». Actuellement j'ai un ami avec qui j'ai des relations sexuelles, c'est pas un petit ami, c'est un partenariat». Cette jeune fille accueillie en atelier thĂ©rapeutique l'an passĂ© avait suscitĂ© exaspĂ©ration, aucune adhĂ©sion au soin, qu'elle ne contestait pas d'ailleurs, aucune empathie, ses comportements Ă©tant jugĂ©s de type hystĂ©rique. Elle jouait la folie pour ceux qui la recevaient. Trop libre, trop dĂ©vergondĂ©e semblait-il. Pas assidue, pas ponctuelle, Ă©parpillĂ©e. Le suivi s'Ă©tait progressivement arrĂȘtĂ© jusqu'Ă ce que je la reçoive. C'est son apparente dĂ©sinvolture, cette libertĂ© qu'elle prend dans la relation Ă l'autre qui n'ont pas Ă©tĂ© apprĂ©ciĂ©es, ou si... au contraire apprĂ©ciĂ©es et non pas repĂ©rĂ©es comme des signes cliniques. - Je suis quelqu'un qui traine un peu partout. Ăa va bien, j'ai un nouveau copain. L'autre, il m'avait recalé». - RecalĂ© ? - Je sais pas comment dire autrement, recalĂ©e c'est tout. Il m'a refusĂ©e si vous voulez, c'est plus poĂ©tique, comme Apollinaire, je prĂ©fĂšre Verlaine ceci dit». J'ai toujours envie de dormir en ce moment, avant j'Ă©tais presque une ex-addict...». Je suis Ă©moustillĂ©e, ça a divaguĂ© hier». Me parle de sa derniĂšre peine d'amour impossible». Jeune fille sans arrimage, trĂšs free» comme elle aime Ă me le dire et pourtant... LĂ aussi cette libertĂ© dont on pourrait la penser maĂźtre, lui cause bien des soucis, la cause dans un rapport aux autres de plus en plus difficile. Certains de ces cas que nous recevons en institution, relĂšvent d'avantage du champ de l'autisme, d'autres de ce qui serait peut-ĂȘtre une forme de schizophrĂ©nie infantile, d'autres sont dans le champ de la psychose infantile, ou d'une psychose non dĂ©compensĂ©e de l'adolescence, tous ont ce rapport particulier Ă la libertĂ© qu'ils n'ont pas choisi. Cette apparente libertĂ© est dans tous les cas, liĂ©e au dĂ©faut de refoulement. Encore faut-il ne pas ĂȘtre dans le dĂ©ni de l'inconscient. C. Tyszler interrogeait la possibilitĂ© pour un autiste d'accĂ©der au refoulement originaire par le biais du transfert. M-C Laznik indique que la ligne de fracture est bien plus sur le type de clinique Ă laquelle on est confrontĂ©. Alors peut-ĂȘtre encore, la remarque du pĂšre d'un jeune garçon - psychose infantile - suivi en hĂŽpital de jour, est-elle Ă©clairante. Il est amenĂ© Ă consulter au Centre de Ressources pour l'Autisme et revient avec un diagnostique d'autisme pour son fils C'est vrai peut-ĂȘtre que des fois il est autiste, mais des fois quand mĂȘme il est vraiment fou.» Pour conclure, je reprends encore Lacan dans son allocution sur les psychoses de l'enfant» est-il loisible ici d'un saut d'indiquer qu'Ă fuir ces allĂ©es thĂ©oriques, rien ne saurait qu'apparaĂźtre en impasse des problĂšmes posĂ©s Ă l'Ă©poque.»
J. Lacan, en 1955-1956, définit la psychose comme une modalité de dire non à la castration - c'est la la Verwerfung forclusion du signifiant du Nom-du PÚre dans l'Autre du langage. S'en déduit une clinique discontinuiste les concepts structuraux - présence ou absence du Nom-du-PÚre - permettent d'élaborer des classes et de répondre dans le registre du certain. La fin de son enseignement années 1970-1980 ouvre une autre perspective " Si l'Autre existe, on peut trancher par oui ou non ... quand l'Autre n'existe pas, on n'est pas simplement dans le oui-ou-non, mais dans le plus-ou-moins ... " Miller - 1998. Cette clinique nouvelle de l'à -peu-prÚs, de l'approximation, est continuiste. Elle n'exclut ni la rigueur ni la postulation du mathÚme. La psychose y devient un concept étendu, nullement épuisé par les seules formes des psychoses psychiatrisées. Il y a des sujets sans phénomÚnes élémentaires, sans troubles du langage, sans délire, sans errance, etc. Ils relÚvent de la psychose ordinaire. Quelle clinique pour ces sujets ? Quelle place pour le psychanalyste ? Ce court essai rassemble deux séries de cas. Dans la premiÚre, des sujets psychotiques s'adressent à un analyste - au cabinet pour certains, dans le cadre hospitalier d'une présentation de malades pour d'autres. Quels " bricolages " vont-ils trouver - ou ne pas trouver - grùce au dispositif analytique ? Dans la seconde, trois cas de psychoses extraordinaires Rousseau, Schreber, A. Artaud trouvent leur issue dans un passage à l'écriture. Chaque cas démontrera qu'effectivement " ne devient pas fou qui veut " J. Lacan - 1946 !
Dans l'AntiquitĂ©, le Moyen Ăge, et mĂȘme la Renaissance, la folie Ă©tait l'objet d'un respect superstitieux le fou Ă©tait supposĂ© ĂȘtre douĂ© d'un don de seconde vue. Il fut donc recherchĂ© Ă la fois pour divertir et pour faire profiter son maĂźtre de ses prĂ©monitions. Les fous domestiques n'ont-ils pas souffert de leur situation ? Cela ne fait pas de doute pour Jacob "Ces crĂ©atures riaient de bouche alors qu'elles avaient des larmes au fond de l'Ăąme... Il s'est rencontrĂ© plus d'une fois un cĆÂur d'homme abattu d'indignation sous le dĂ©guisement d'un fou... sans doute, une main qui aurait bien tenu la garde d'une Ă©pĂ©e s'est crispĂ©e sur le manche d'une marotte". "Ris donc Paillasse !" Qui ne connaĂźt pas cet air du théùtre lyrique oĂč le clown malheureux cache ses larmes sous le rire ? L'auteur fait revivre au long des pages de cet essai ces ĂȘtres qui eurent une grande place chez les Grands des siĂšcles passĂ©s et dont nos amuseurs publics sont les descendants...